VIE ACi

Session Vie Foi : « Un Dieu pour le bonheur » animée par Arthur Buekens.

CR par Isabelle LOSSEAU - les passages en italiques sont extraits de l'animation d'Arthur BUEKENS

Lors d’une conférence à propos de son livre « Le Christianisme n’existe pas encore » Dominique Colin a parlé de « l’inouï de l’Evangile » non pas dans le sens de sensationnel, mais dans celui de « non encore ouï »
« Ce n’est pas un mot du texte, ni un commentaire du texte, ni une interprétation, ce n’est pas réservé à ceux qui savent, c’est l’ouverture de votre oreille à la justesse de la parole de la vie. »

C’est à cet exercice que Arthur Buekens nous a invité.e.s lors de la session Vie Foi ce WE de fin mars à Wavreumont en nous posant dès le départ la question : « Projeter une tradition ou respecter l’altérité ?» Comment tout à la fois ne pas faire de la transmission fondamentaliste, où l’on croit essentiel de transmettre des mots définitivement éteints parce que surgis dans une société morte depuis longtemps, et en même temps ne pas transmettre simplement nos propres croyances, nos propres interprétations ou celles de notre groupe, de notre culture, de notre langue ? la meilleure façon d’éviter cet écueil, nous a dit Arthur, est de lire et d’interpréter ensemble, en Église, en communauté de croyantes et de croyants, et de laisser aussi des croyants d’autres traditions (protestants, orthodoxes, mais aussi communautés chrétiennes d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine…) interpeller nos propres interprétations, nos lectures situées dans un lieu et dans un temps, dans une société. Toute lecture est forcément située. Impossible que nos lectures bibliques ne le soient pas, ce qui leur donne tout à la fois et leur force, et leur limite !

Après un petit travail personnel d’évocation de textes bibliques qui nous parle du bonheur, Arthur , dans la première partie de son exposé, a rappelé 4 facettes importantes du Dieu de l’Ancien Testament :
Le Dieu qui veut notre bonheur, « Un Dieu qui rêve sans cesse de bonheur total pour tous reste-t-il Bonne Nouvelle concevable et audible pour nous aujourd’hui ? Un Dieu qui invite sans cesse celles et ceux qui disent croire en lui de moins s’occuper de lui que de ces rebuts de la société, qui sont pour lui des frères. Non… qui sont lui. Impossible de vraiment s’occuper de Dieu… sans s’occuper d’abord de donner à boire, à manger à ceux qui ont soif et faim. Impossible de s’occuper en vérité de notre Dieu sans vêtir ou visiter les exclus de notre société »
Un Dieu créateur, dans la Genèse, lors de la création du monde, tout le monde est végétarien, y compris les animaux sauvages. Manière de dire qu’on croit que Dieu rêve d’un monde absolument sans violence, même pour se nourrir !
Un Dieu libérateur : Au cours de la longue marche des tribus qui se libèrent de l’esclavage imposé par Pharaon, la conviction naît que leur Dieu est un Dieu qui les accompagne dans leur volonté de libération. Ils ne peuvent plus imaginer Dieu autrement que celui qui libère et qui fait alliance. Et donc aussi un Dieu qui les invite à ne pas vouloir reproduire, au sein du peuple élu, le moindre esclavage. Au contraire, il faut s’occuper en priorité des plus faibles de l’époque, à savoir la veuve, l’orphelin et l’immigré !
Un Dieu législateur. Qui donne des commandements pour que tous dans le peuple puissent vivre heureux.
En petits groupes nous avons découvert ou redécouvert des textes du Deutéronome qui nous montrent les facettes de ce Dieu pour le bonheur.

Dans une deuxième partie Arthur nous a parlé du Dieu de Jésus Christ. Celui-ci nous l’a aussi révélé notamment, comme

un Dieu guérisseur qui réinsère socialement. Qu'un seul malade soit guéri et mis debout, replacé dans sa dignité, qu'il soit à nouveau intégré dans la communauté humaine qui est la sienne, c'est un événement inouï pour tous les malades : nous ne sommes pas coupables, contrairement à ce qu’on nous a fait croire, nous sommes de plein droit membres du corps social et de la communauté croyante.
un Dieu qui est pour l’abondance aux pauvres. Jésus a toujours mis Dieu du côté du bonheur et pas du côté du malheur, du côté des plus petits et pas du côté des exploiteurs, du côté de l’abondance et pas du côté de la disette ni du sacrifice. Pas du côté de la survie, mais de la vie pleine.
et enfin comme un Dieu qui est pour les moins que rien et celles et ceux qui se font proches d’eux : le Dieu de la Bible et particulièrement le Dieu des chrétiens est toujours du côté des petits: le bonheur d’abord pour les exclus, pour les parias… et toutes celles et ceux qui se font proches d’eux, qui se solidarisent avec eux, toutes celles et ceux qui auront donné un peu d’eau, un peu de pain, un peu de temps pour eux… parce qu’ils les voient sur les seuils de leurs maisons et dans les parcs de leurs villes. Les exemples sont nombreux dans l’Évangile.

En petits groupes, nous avons aussi lu avec des oreilles et un regard neufs, le texte des Béatitudes en Luc 6, 20-26 ainsi que le Magnificat.

En guise de conclusion, Arthur nous a mis devant les yeux François d’Assise et sa conversion et le récit qu’en fait Bobin dans le très beau livre « le Très-Bas » (à lire…) et nous a relu un texte de Jacques Valery et François Six, texte qui parle des Béatitudes :

Jésus invitait à oser croire que Dieu est tendresse et bonheur,
en lui-même et pour toutes et tous.
Il invitait chacun à être pauvre de cœur, à avoir les mains ouvertes,
à ne pas s'épuiser dans la recherche de la première place ;
il invitait à se dire que l'on n'est jamais arrivé,
et ainsi, à être jeune aujourd'hui et l'être encore demain.

Il invitait à être doux, tenacement doux,
à être à ce point fort
que l'on se fiche d'être bernés par ceux qui se croient les plus forts,
à être tendres envers autrui comme envers soi-même.

Il invitait à savoir pleurer, à se laisser être atteint,
à avoir un cœur vulnérable comme le cœur de Dieu même,
à clamer d'horreur devant les innocents qu'on assassine,
à crier comme un fou, en prophète et en vivant,
devant le mal, la souffrance et la mort.

Il invitait à avoir faim et soif de justice,
à inventer avec autrui de justes relations,
à communiquer avec naturel et plaisir,
à avoir la passion du dialogue avec autrui comme avec Dieu,
à vivre ceci qu'il est juste d'être en gratitude envers tous ceux qu'on rencontre
car on reçoit toujours d'autrui.

Il invitait à la tendresse,
à avoir un cœur qui ne craint pas d'aimer ni de se laisser aimer,
qui laisse le passé au passé, qui oublie les blessures jadis reçues
et donne à l'oppresseur une nouvelle chance aujourd'hui,
et peut-être alors, une amitié nouvelle va-t-elle ressusciter entre eux.

Il invitait à avoir un cœur tout net
auprès de qui autrui trouve fraîcheur et respiration,

un cœur qui ne perd pas son temps à moraliser,
qui ose dire l'élan d'affection qu'il sent jaillir en lui.

Il invitait à lutter pour la paix, à la créer jour après jour,
à agir en étant soi-même désarmé, à transformer en liens vrais
les inimitiés les plus nouées et les oppositions les plus tordues.

Jésus invitait au bonheur

Archive: 
Pas archivé