DOSSIER: Bonheur et écologie

Bonheur et Ecologie
 

Par Philippe GREVISSE

 

La protection de notre écosystème, vivre plus soucieux de l’écologie, nous rend-il heureux …ou malheureux ?

Les écologistes sont souvent perçus comme des doux rêveurs, des défenseurs des papillons s’opposant à la construction d’infrastructures vitales pour notre économie sous prétexte qu’elles vont perturber la nidification d’oiseaux rares. Parce qu’ils croient qu’il n’y aura bientôt plus de pétrole, ils veulent nous faire retourner à l’âge de la bougie et revivre comme nos aïeux. A travers les législations qu’ils proposent, ils veulent limiter notre chère liberté et faire notre « malheur » !

Tous les scientifiques pourtant s’accordent pour constater que le mode de vie actuel de l’homme met à mal les équilibres millénaires de notre écosystème, diminue la biodiversité, réchauffe la planète, la pollue et surexploite les ressources limitées d’une terre « finie », mettant en danger la survie même de l’homme sur cette terre et pénalisant lourdement le quotidien des générations futures. Pour s’en protéger les plus riches se construisent des digues, développent des cultures et des élevages « hors sol ». Les autres voient leurs sols s’éroder, l’eau se raréfier, les mers se vider des poissons nourriciers …et cherchent alors ailleurs refuge climatique ou économique. Est-ce cela une perspective de « bonheur » ?

Pour le Pape François, dans un concept d’écologie intégrale, il convient d’écouter tant la clameur de la terre que celle des hommes, et plus spécialement des plus pauvres1. Il constate aussi qu’au lieu de collaborer à l’œuvre de la création, l’Homme se substitue à Dieu et finit par provoquer la révolte de la nature2. La Terre est notre maison commune ; nous n’en avons qu’une et ses ressources sont un patrimoine commun que les états ont le devoir de défendre au travers de législations appropriées, protégeant ainsi l’accès des plus pauvres à ces ressources. C’est une question fondamentale de justice3. Dans le monde des marchands et de l’idéologie libérale, la nature n’est plus perçue comme source d’émotions, d’émerveillement et de contemplation, mais comme une source d’enrichissement pour ceux qui se l’approprient. Ce modèle est complètement en désaccord avec les idéaux d’harmonie, de justice, de fraternité, de partage et de paix proposés par Jésus...

Quelle que soit la couleur de notre bulletin de vote, il est du devoir urgent de chacun de devenir écologiste ; il y va de la survie même de l’humanité, de notre propre qualité de vie et de celle que nous permettrons à nos enfants. Au lieu de revenir en arrière, il s’agit plutôt d’anticiper le futur  et adopter des attitudes de vie génératrices d’une Transition vers une humanité en équilibre durable avec son environnement, soucieuse d’une justice tant sociale qu’économique !

A voir les films, tels que Demain, relatant des initiatives de Transition, on ne peut que se réjouir de constater que, sans s’y référer explicitement, toutes ces initiatives sont fondées sur des valeurs évangéliques et visent entre autre à :

  • Apprendre la sobriété, à se contenter «de moins » et de ce que la nature, la Vie, offre de manière gratuite et renouvelable, sans s’approprier le bien commun mais dans un esprit de partage

  • Consommer moins de biens, et développer plus de liens. 4

  • Réaliser des projets ensemble, de manière citoyenne, solidaire et joyeuse, en veillant à ce que personne n’en soit exclu.

  • Mettre la créativité collective au pouvoir : n’est-ce pas permettre à l’Esprit de souffler où il veut ?

  • Rendre nos relations économiques plus équitables et respectueuses des travailleurs et de notre maison commune

  • Rendre à nos enfants, une Terre aussi belle que celle qu’ils nous ont prêtée et dont nous sommes responsables

Mon bonheur à moi écologiste est de participer modestement et humblement à ces mouvements et initiatives, de manière certes trop timide et très imparfaite et sans prétendre à 100% de cohérence, mais dopé par la créativité, l’enthousiasme, la solidarité et la bienveillance collective. Mon bonheur est de m’émerveiller de l’amour reçu et partagé, de la capacité de l’Homme à rebondir, de la beauté, l’immensité et la diversité de la nature et des cadeaux qu’elle nous offre. Mon bonheur est de goûter des moments d’harmonie avec la Création, avec les autres, avec moi-même et d’y rencontrer Dieu.

Oui, la simplicité volontaire et la sobriété sont source de bonheur5 !
En nous exhortant à vivre les valeurs évangéliques, Jésus nous veut lui aussi 8 fois heureux6. Il le confirme en concluant souvent: Je vous dis cela pour que votre Joie soit parfaite !

Finalement, si, comme l’a dit Ilios Kotsou à Namur en octobre 2018, le bonheur est un sentiment de plénitude, de lien, de partage et de cohérence malgré les difficultés, peut-on vraiment concevoir d’être heureux …sans être écologiste ?

 

 

1 Laudato Si (LS 49)

2 Idem – LS117

3 Idem LS159

4 Emeline De Bouver – Moins de biens, plus de liens - 2009

5 Pierre Rabhi : La sobriété heureuse

6 Jésus de Nazareth Les Béatitudes

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