LU POUR VOUS

Dominique Collin, Le Christianisme n’existe pas encore, éd. Salvadore-Diffusion, 2018

Par Suzanne THIRION

Il n’y a pas de chrétiens

Innombrables églises, cloches, orgues, troncs, tableaux, corbillards…

Et pourtant Soren Kierkegaard, philosophe et théologien danois (1ère moitié du 19 siècle) a dit sur le problème du devenir chrétien : « On ne naît pas chrétien on le devient » (Tertullien). Formidable illusion que la chrétienté… la plupart de nos contemporains sont devenus inchrétiens… Péguy l’avait deviné, nous sommes devenus inchrétiens plutôt que postchrétiens… Kierkegaard en 1855 : « Ó Luther, tu avais quatre-vingt-quinze-thèses : c’est terrible ! Et pourtant en un sens plus profond, plus il y a de thèses moins c’est terrible. Cette affaire est bien plus terrible : il n’y a qu’une seule thèse ! Le christianisme du Nouveau Testament n’existe absolument pas. »

Nous sommes devenus inchrétiens. Un christianisme sans Évangile n’est qu’un simulacre inventé par les chrétiens eux-mêmes pour n’avoir pas à conformer leur vie à la parole du Christ. Kierkegaard était convaincu qu’un christianisme du dimanche, « les Talas1 », superficiel et léger, n’est pas conforme à la signification originaire du christianisme. Il n’y pas de chrétiens. Pour ceux qui pressentent que l’Évangile n’a pas dit son dernier mot, il se pourrait que le christianisme à venir soit bien plus promoteur que toutes nos projections d’un futur passablement désespérant.

Les 4 évangiles, Marc, Matthieu, Luc et Jean sont dans l’Évangile mais ne le contiennent pas.

La chance de l’inexistence du christianisme

La splendeur passée est une illusion. Pourquoi le regretter ?

Jean-Paul Sartre (dans Les Mots ) a écrit ces lignes qui traduisent bien l’oubli de la foi à l’intérieur du monde chrétien « Depuis deux mille ans, les certitudes chrétiennes avaient eu le temps de faire leurs preuves, elles appartenaient à tous, on leur demandait de briller dans le regard d’un prêtre, dans le demi-jour d’une église et d’éclairer les âmes, mais nul n’avait besoin de les reprendre à son compte ; c’était le patrimoine commun. La bonne société croyait en Dieu pour ne pas parler de lui. »

Or, nous verrons que l’Évangile n’est joyeux message que dans la foi. Si on enlève la foi, il n’y a plus de christianisme (le contraire n’est pas vrai : si on enlève le christianisme, la foi est toujours possible). L’Évangile invente une manière d’exister autrement. Proposition déroutante, certainement, mais proposition pleine d’espérance, surtout.

1Les « talas », pour : ils vont « tala » messe, ils vont « tala » confesse, etc.

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