DOSSIER: les chemins de l'éducation

Une école nouvelle à Attert

Par Jacques LIESENBORGHS1

L’ambition s’affiche clairement dès la page d’accueil du site d’ENOVA : « Assurer la maîtrise par tous des savoirs sociaux et scolaires ». Rien que ça ! Qu’est-ce qui se cache là derrière ?

Des projets pédagogiques, j’en ai lu des paquets. C’est (presque) toujours merveilleux. Mais, derrière des formules ronflantes, on découvre parfois des réalités très « classiques ». Le projet d’ENOVA, l’école communale à pédagogie active d’Attert (Luxembourg), est enthousiasmant. Raison de plus pour aller voir sur place.

Verticalité. A 10 heures, j’entre dans la classe d’Isabel (1ière et 2ième primaires). J’y trouve trois adultes et des « duos » d’enfants en train de créer des histoires et de les illustrer. Avec toute une série d’outils pour stimuler leur imagination. Les aînés corrigent les petits. Ça discute ferme et les adultes de passage sont parfois appelés à la rescousse. C’est tout naturel. On est tous là pour bosser quand même !

Écritures de bonheur

Vers 11 heures, chez Geoffroy, un étage plus bas, on travaille l’orthographe (si, si !) et la mémorisation à partir du texte d’une chanson. Pas de dictée, mais de la « correction dynamique », avec recours aux outils de vérification (dictionnaire, etc.) si nécessaire. Puis vient le quart d’heure hebdomadaire des « écritures de bonheur », à trois cette fois. Il s’agit d’un temps dédié à la rédaction en trio multi-âges des mots qui alimenteront les boîtes des conseils. On y trouve des « je félicite… », « ce qui me met en joie, c’est… », « je remercie… ».

Ajoutez une équipe pédagogique qui assume animation et ordre du jour des concertations. Sous forme de tournante. Jean-François, le directeur, « avance avec eux ». Il fait partie de l’équipe et est très souvent en soutien dans les classes. Son bureau fait aussi fonction de salle de travail. C’est donc la mise en pratique de la coopération à tous les étages.

Un miracle ?

Non évidemment. Mais le résultat d’un projet porté par un groupe d’une trentaine de personnes (parents et enseignants) désireux d’offrir aux enfants une éducation et un enseignement où confiance en soi, estime de soi, respect, expérimentation, bienveillance, solidarité, goût d’apprendre… ne sont pas seulement de beaux et grands mots, mais les fondamentaux des activités et des relations entre les personnes.

L’ouverture de l’école, à la rentrée 2017, était l’aboutissement de deux années riches en débats, contacts, présence et organisations d’événements, recherche d’un Pouvoir organisateur. De quoi souder le groupe porteur et, in fine, séduire le maïeur d’Attert et le Collège de cette belle commune, à la frontière du Grand-Duché. Le chef-lieu de la Province, s’était montré méfiant et frileux.

Au printemps 2017, une fois la bonne nouvelle de la future ouverture rendue publique, ce fut l’effervescence. Beaucoup plus de demandes d’inscription que de places disponibles (80). Pas mal de travail pour aménager l’ancien presbytère et constituer une équipe pédagogique.

La population ? Elle est à l’image de la région. Les élèves sont des voisins de l’école, des enfants dont les parents attendent « autre chose » de l’école et pas mal d’enfants « en souffrance » ou « cassés ».

Retour en classe

L’école est friande d’activités dont l’intitulé peut étonner. Comme les « devoirs au choix ». Il n’y a pas de devoirs obligatoires à domicile. Chaque enfant qui le souhaite est invité à préparer à la maison un court exposé sur un sujet qu’il a envie de faire découvrir à ses camarades. Et on se bouscule au portillon !

Moins étonnant, mais important : la place réservée à l’éveil musical, l’éducation à la paix, la communication non-violente ou encore « les temps de midi sympas », pris en charge par des enfants ou des adultes volontaires qui proposent des jeux de société, de constructions ou des ateliers. Ah, quelle bonne idée de valoriser ces moments qui sont vécus comme des temps « morts » dans trop d’écoles ou comme des lieux de violences dont la surveillance est vécue comme une punition par les enseignants.

Autre particularité : les classes sont ouvertes aux parents. Ils peuvent s’inscrire à des journées « classes ouvertes » et participer activement aux apprentissages aux côtés des enfants. Quant aux réunions de parents, elles sont aussi actives et participatives.

Il y a encore, bien sûr, les rituels « classiques » dans les écoles nouvelles : conseils de classe, quoi de neuf, conseils d’écoles, chefs d’œuvre… Tout cela est pris très au sérieux par chacun-e et bien balisé. Ce n’est pas « Libres enfants de Summerhill »2.

Un beau projet, non ? Animé par le souci de la maîtrise par tous les enfants des savoirs fondamentaux (pas seulement lire, écrire, compter !). Porté par des citoyen-ne-s – parents, travailleurs de l’école, élus locaux – qui s’engagent avec enthousiasme pour une autre école. A qui le tour ?

 

1Écrit pour la revue Plein Soleil du mois d'avril 2018 et publié avec l'aimable accord de l'auteur de l'article que nous remercions !

2 Enseignement non directif d’inspiration libertaire, à la mode dans les années 1970, où les règles de vie sont co-construites par les élèves.

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