INTERNATIONAL

Le populisme

Par Paolo NAVONE, Relais Européen du MIAMSI

Ce qu’on entend par populisme

Il faut tout d’abord se passer des équivoques : d’après le SG du CoE dans son dernier rapport on entend par populistes les forces qui, en jouant sur le mécontentement général de la population, cherchent finalement à exclure les autres points de vue. Populisme n’est pas un terme « fourre-tout » pour désigner quiconque – individu ou mouvement – cherche à ébranler l’ordre établi ; utilisé abusivement, il est vidé de sa substance. Le populisme désigne ceux qui invoquent la proclamée « volonté du peuple » pour museler l’opposition et détruire les contre-pouvoirs qui leur font barrage.

 

Caractéristique du populisme

La caractéristique du populisme est qu’il s’adresse aux réactions instinctives et aux émotions des foules en opposant la logique. La stratégie consiste à instaurer un climat d’extrême contraste, qui permet de délégitimer l’adversaire pour l'empêcher de contester ce qu’on affirme. A cette fin, le populisme utilise la diffusion de fausses nouvelles par les media, en particulier par internet. En faisant appel aux émotions, le populisme tire parti des instincts de cohésion et d’identité des groupes, ethnies et nations, et justifie la limitation des libertés (d’échanges, des mouvements, de religion …) comme nécessaire pour assurer leur protection. Pour toutes ces raisons, le populisme va souvent de pair avec le nationalisme et la xénophobie, cultive l’intolérance et exerce la discrimination à l’encontre des minorités. Bien que ce genre d’agir caractérise les mouvements populistes, certains hommes politiques et partis qui sont loin de cette praxis peuvent se trouver impliqués, dans la mesure où la crainte de perdre du consensus les pousse à promouvoir des politiques qui portent atteinte aux droit tels que l’asile ou la sécurité.

 

Pourquoi être chrétien est incompatible avec le populisme ?

  • Le populisme, en s’adressant aux instincts et aux émotions, fait appel aux peurs et stimule la haine envers l’autre, en visant comme ennemis les étrangers et les minorités. Il est à la base d’attitudes de suspicion et de marginalisation, qui dispersent la communauté et ne favorisent pas son intégration.

  • Il est intrinsèquement contre la démocratie et la liberté. Il suppose l’identification avec le chef et le mépris des opinions des autres. Au nom de l’identification dans le « vouloir du peuple » il ne supporte pas les contre-pouvoirs qui lui font barrage. Il limite les libertés et les droits. Il s’érige comme défenseur des droits de l’individu mais il s’oppose aux droits de l’Homme.

  • Il est contraire ou, dans le meilleur des cas, il supporte mal les traités internationaux multilatéraux qui, sous l’égide des Nations unies ou par la création d’institutions sus-nationaux tel que l’Union européenne, assurent la paix et la prospérité après les guerres catastrophiques du siècle passé.

 

Le rôle des Mouvements du MIAMSI

Comme on l'a souligné plus haut, le populisme se nourrit des émotions et des réactions instinctives. La logique est l’adversaire le plus efficace du populisme. Rinascita Cristiana, en raison de sa fonction de « corps intermédiaire », a toujours interprété le discernement et l’étude des signes des temps comme son charisme. D’ailleurs elle a initié un programme de rencontres et conférences sur des arguments liés au thème « réapprenons à penser ». Nous avons récemment invité P. Francesco Occhetta, vice directeur du magazine « Civiltà cattolica », pour nous parler des caractéristiques communes aux populismes ; ensuite P. Paolo Benanti nous a illustré les erreurs (fallacia en latin) que nous encourons quand nous prenons connaissance des informations, en particulièrement celles qui nous viennent d'Internet. Il est nécessaire que les mouvements chrétiens contrôlent le bien-fondé des informations sur lesquelles ils fondent le discernement par une analyse critique. D’ailleurs nous ne devons pas nous limiter à la critique des mouvements populistes ou de leurs leaders : certes, il est vrai que leurs actions sont tout à fait irresponsables et il est vrai qu’ils utilisent Internet pour diffuser des fausses informations. Il faut d’autre part admettre que celles-là se développent quand les citoyens perdent leur confiance dans le gouvernement, l’assemblée législative et le système judiciaire. Il faut donc que nos mouvements fassent tout ce qui est à leur portée pour pousser nos gouvernements, nationaux et européen, à se renouveler pour regagner la confiance des citoyens.

A ce propos nous signalons un document de Justitia et Pax Europa1 qui contient dix recommandations pour l’Union Européenne (Commission, Parlement et Conseil) :

  • consolider l’approche européenne pour assurer le droit d’asile ;
  • renforcer les droits sociaux ;
  • améliorer les politiques pour le travail ;
  • ratifier les rapports commerciaux ;
  • assurer la cohésion des politiques économiques ;
  • assurer la transparence et l’uniformité dans la taxation des sociétés multinationales ;
  • renforcer les politiques environnementales et de diminution des changements climatiques ; promouvoir les politiques d’aide au développement des pays plus pauvres ;
  • assurer la sécurité et la lutte contre le terrorisme ;
  • adopter des listes transnationales lors des élections pour le Parlement européen, afin d'améliorer sa représentativité.

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 1 Justitia et Pax Europe: Concerted Action 2017

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