DOSSIER: Hommes et femmes aujourd'hui (2)

Femmes et hommes dans la société – quelle histoire !

Par Marie-Noëlle Vaes

 

Ce sujet peut être abordé de 2 manières, psychologique ou sociologique. La première se penche sur les relations humaines, les rôles attribués aux femmes et aux hommes, la « nature» liée au genre et que le machisme a renforcée. L’autre, c’est l’histoire du statut des uns et des autres, l’évolution des droits, l’accès à l’égalité. Les témoignages recueillis dans la brochure d’année évoquent un peu les deux à la fois, mêlant ressentis personnels et changements de société.

Je tenterai ici de donner quelques pistes de réflexion sur l’aspect « statut des femmes » à ceux et celles qui souhaitent entrer plus en profondeur dans les questions d’égalité H/F aujourd’hui, dans les acquis durement engrangés par nos mères et/ou au cœur des politiques de genre activées depuis 1995 lors de la conférence internationale de Pékin.

 

La conscience politique des femmes (en général) s’est éveillée chez nous à la fin du XIXème siècle par la première publication de Zoé Gatti de Gamond en 1834 « La condition des femmes au XIXème siècle ». Le Conseil International des Femmes créé en 1888 a été précurseur de notre propre Conseil des Femmes Belges, né en 1905.[1]

De là commencera un long parcours militant dans notre pays, dont les étapes sont les suivantes :

  • 1900-1910 : accès à l’enseignement pour les filles et recherche d’un statut civil pour la femme mariée
  • 1910-1920 : mobilisation pour l’accès au suffrage universel (obtenu seulement en 1948 !)
  • 1920-1930 : premier vote des femmes aux communales, naissance des mouvements féminins (Parti général des femmes Belges, Vie féminine, Femmes prévoyantes socialistes, etc.)
  • 1930-1940 : émancipation des F au travail, par étapes et combat pour la paix menacée
  • 1940-1950 : participation des F à la résistance, accès au suffrage universel en 48 et création à l’ONU d’une commission de la condition de la femme. L’émancipation de la femme mariée n’est pas encore acquise !
  • 1950-1960 : on sensibilise les femmes à la prise d’autonomie en matière d’hygiène, d’éducation, de protection de l’enfance. Conférences et émissions radios sur le sujet se multiplient. L’égalité juridique entre maris et épouses est proclamée en 58.
  • 1960-1970 : les femmes aspirent à la maîtrise de leur corps (accès à la contraception, aux nouveaux centres de planning) et au partage des responsabilités dans les projets familiaux. Elles prennent davantage conscience de leurs droits dans le monde du travail.
  • 1970-1980 : les mouvements de libération sont en plein essor. Les femmes obtiennent l’égalité parentale, l’égalité d’accès au chômage, à l’ouverture d’un compte en banque, au divorce, à la gestion de leurs biens, à l’égalité salariale (de principe !). Une première journée des femmes se tient en 1972 en présence de 6.000 femmes ! En 1975 la régionalisation du pays entraînera la création de 2 Conseils des femmes (un néerlandophone et un francophone) qui travaillent toujours en partenariat et sous le même toit !
  • 1980-1990 : l’égalité entre dans les institutions politiques. Les centres de recherche féministes s’ouvrent et le gouvernement crée un secrétariat d’Etat pour l’émancipation sociale. L’avortement est dépénalisé en 1990.
  • 1990-2000 : les femmes entrent davantage en politique grâce à une loi qui leur garantit un tiers des places sur les listes. Le port du voile commence à poser question. La violence conjugale est plus fortement pénalisée.
  • Après 2000 : l’égalité H/F est inscrite dans la constitution en 2002. Un Institut de l’Egalité fédéral est créé. Dernières lois favorisant davantage les femmes : Une loi réforme le statut de conjoint aidant en lui donnant des droits sociaux, une autre crée un fonds de créances alimentaires qui accorde des avances aux parents en difficulté avant de poursuivre les mauvais payeurs.

Tous les pays n’ont pas avancé à la même vitesse que nous et nous le ressentons davantage depuis 1995. La conférence internationale de Pékin a donné un grand espoir aux femmes qui ont cru que le texte fondateur d’un processus mondial en faveur des femmes allait faire prendre conscience des inégalités subies. Mais, au même moment, l’Union Européenne a entamé son élargissement de 15 à 27 états. Parmi les nouveaux arrivés, certains pays n’avaient pas encore intégré l’égalité ni atteint notre niveau de protection sociale. Le débat européen s’est donc compliqué sur ces sujets, souvent débordé par d’autres questions économiques ou de droits primaires plus urgents (accès au travail, santé, droits de l’homme, régions défavorisées…). Aujourd’hui la crise économique pousse plutôt les états à se replier sur eux-mêmes, à protéger leur système national et à être moins ouverts aux changements culturels ou structurels, comme l’évolution des rôles au sein de la famille et la protection de l’individu. Les lobbies religieux sont plus présents et revendiquent un retour au modèle familial traditionnel. 

Vous pourrez suivre ce courant et les politiques de genre sur le site du LEF (Lobby européen des femmes). http://www.womenlobby.org

Si nous revenons à la Belgique en particulier, malgré de très belles avancées pour les femmes en matière d’égalité (comparé à d’autres pays ou continents), la crise fragilise une population déjà discriminée structurellement et culturellement (financièrement mais aussi par le maintien de rôles et stéréotypes traditionnels). L’avancée de l’Islam insécurise aussi certains qui craignent les compromissions politiques par crainte de conflits ouverts. Les droits acquis sont-ils définitifs ? Nous pouvons nous poser la question et surtout rester vigilants dans tous les lieux de décisions (par exemple par rapport à la dépénalisation de l’avortement, remise en cause à Strasbourg).

En attendant, des défis restent ouverts dans les domaines de l’égalité

  • La lutte contre l’exclusion sociale (maintien des pensions, protection des carrières incomplètes et droits compensatoires, évaluation des conséquences de la nouvelle loi sur le divorce, règlement des pensions alimentaires plus contrôlé et juste…)
  • La lutte pour une politique de santé sociale et l’accès à une vieillesse sereine
  • La lutte contre la violence au sein de la famille et pour la prise d’autonomie (32 femmes au foyer pour 1 homme !) dans la durée (par une individualisation des droits)
  • L’accès à l’emploi, avec un salaire plus attrayant que l’aide sociale, cohérent par rapport à l’emploi réel ; un emploi stable et diversifié (les chômeuses sont trop orientées vers le care et l’entretien) ; des droits au chômage élargis ; des lieux d’accueil plus souples et proches pour les enfants
  • L’accès à la prise de décision, dans l’entreprise et en politique
  • Le contrôle de l’image des femmes et des hommes dans les médias et les programmes scolaires.

 

Je vous recommande encore le site du Conseil des Femmes francophones qui suit l’actualité de près, mais nous aide aussi à réfléchir à l’approche des élections communales (www.cffb.be) et celui de l’Institut de l’Egalité qui propose des chiffres genrés parlants sur la situation en Belgique (www.iefh.belgium.be).

 

[1] « 100 ans de lutte des Femmes en Belgique », revue trimestrielle du CFFB, déc. 2004 – texte complet sur le site http://www.cffb.be/publications/liste-categorisee-des-publications dans la catégorie dossiers/colloques

 

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