SPIRITUALITE

Perles féminines dans la Bible !

Par Michèle HACCOURT et Sylviane HANCQ, de l'équipe d'animation spirituelle

A part quelques femmes bien connues et présentes dans le Nouveau Testament comme Marie, Élisabeth, Marthe et Marie, Marie-Madeleine et d’autres dont on a oublié le nom telles la femme adultère, la samaritaine… les femmes de la Bible et en particulier celles de l’Ancien Testament n’évoquent chez la plupart de nous que peu de souvenirs. Il faut dire que les auteurs de la Bible ont fait fort : sur plus de 3100 personnes répertoriées, on retrouve 2900 hommes et … 170 noms de femmes (Cf Des femmes audacieuses de la Bible d’Arthur Buekens). Nous les avons souvent reléguées dans des rôles secondaires sans vraiment chercher à mieux les connaître. Elles ont pourtant exercé des rôles majeurs. Certaines d’entre elles, prostituées et femmes violentes, ont influencé le destin d’Israël. Tamar (Genèse 38, 11-14) utilise la ruse pour être enceinte de son beau-père et permet à la génération de Juda de se poursuivre ; Rahab (livre de Josué, ch. 2, v1-21 et ch.6) femme étrangère cananéenne propose un marché au moment de la prise de Jéricho. Cette personne extérieure, marginale devient l’instrument par lequel le peuple d’Israël va continuer à exister. Elle sera citée chez Matthieu (1,25) et Jacques (2,25). Dieu passe par ces femmes de vie et non de mauvaise vie, des femmes qui font changer favorablement la destinée du Peuple de Dieu au moment où celui-ci se trouve en mauvaise posture.

Il en va de même d’autres femmes résistantes comme Pouah et Shiphra, deux sages-femmes qui refusèrent d’obéir aux ordres de Pharaon (l’épisode réel ou fictif pourrait se situer sous le règne de Ramsès II) qui exigeait qu’elles tuent les nouveaux-nés mâles hébreux. Elles permirent ainsi la naissance de nombreux enfants mâles. Convoquées par Pharaon pour rendre des comptes elles se montrent rusées et échappent à la sanction. Désormais c’est à tout le peuple égyptien que Pharaon ordonne de tuer les bébés mâles hébreux. Une nouvelle femme se dresse contre la volonté de Pharaon et met au monde celui qui deviendra Moïse dont l’histoire nous est bien connue. Quant à la fille de Pharaon qui adopte Moïse et lui donne ce nom « sauvé des eaux », elle aussi enfreint les ordres de son père et permet ainsi, sans le savoir, que se poursuive la destinée du Peuple Élu. Ce récit se retrouve dans l’Exode (1). Belle histoire digne d’un scénario de cinéma. Le 7ème art s’en est emparé à plusieurs reprises.

Esther, jeune juive qui devint Reine de Perse en épousant Xerxès, eut également une destinée remarquable en obtenant la grâce du Roi pour le peuple auquel elle appartient. Le livre d’Esther rend compte de cette époque violente. Il fut écrit aux environs du deuxième siècle avant Jésus Christ et témoigne à nouveau de la foi du peuple juif en un Dieu Sauveur.

La Bible a aussi son lot de femmes mauvaises à la vie tourmentée qui ont inspiré peintres et écrivains comme Jézabel, prototype de la méchante ou du mal à l’œuvre ou Bethsabée (mère de Salomon) qui porte Salomon au trône en éliminant ses rivaux. Elles font partie de la généalogie de Jésus et peuvent être considérées comme éléments constitutifs du Peuple de Dieu !

Femmes prophétesses et juges, Houlda et Deborah sont citées dans le Livre des Rois. Houldah la prophétesse est sollicitée et écoutée par le roi Josias. Deborah exerce la double fonction de prophétesse et juge. Elle est la seule femme mentionnée comme juge dans la Bible (Jg 4,5). Dans le contexte biblique le juge n’exerce pas la justice comme dans nos civilisations modernes mais est chargé de gouverner son territoire. Deborah, prophétesse et juge, conseilla son peuple, conçut une stratégie militaire contre les Cananéens, nomma un général et ensuite mena une bataille victorieuse. Le chant de victoire de Deborah se trouve dans le livre des Juges ( 5,1)

L’histoire de ces femmes « extra-ordinaires » est peut-être l’occasion de relire les textes de la Bible où elles figurent car beaucoup d’entre elles ne sont pas présentes dans le lectionnaire comme le faisait remarquer Sœur Ruth Fox, religieuse bénédictine dans un article déjà ancien publié en 1994 dans le National Catholic Reporter et traduit dans la revue Femmes et Hommes en Église. Depuis certaines révisions du lectionnaire ont eu lieu.

Les femmes présentes dans le Nouveau Testament nous sont mieux connues. J’ai une affection particulière pour Marthe et Marie : Marthe, c’est souvent nous les femmes, mères de famille ou maîtresses de maison aux multiples tâches, familiales, professionnelles, sociales... Marthe s’inquiète et s’agite (Luc, 10), elle s’affaire car l’invité est de marque : c’est le Seigneur, un ami de la famille mais aussi celui que l’on appelle « Rabbi ». A cette époque, les femmes n’étaient pas considérées comme des êtres humains à part entière, au même titre que les hommes, à égalité avec leurs pères, leurs frères ou leur mari. On leur confiait les tâches subalternes. Luc, réagit contre ce dédain des femmes. Il est d’ailleurs le seul des 4 évangélistes à raconter ce passage de la vie de Jésus. A l’époque la place de la femme est sans doute dans sa cuisine, elle n’est pas invitée à discuter avec le Seigneur et ses disciples. Marie, elle, a choisi la meilleure place, aux pieds du Seigneur, elle a rejoint le cercle qui s’est formé autour de Jésus. Elle s’est assise à ses pieds, comme un disciple et Jésus l’approuve : « Elle a fait le bon choix ». On peut penser qu’il s’adresse à Marthe avec tendresse et non sévérité et lui explique que : « Marie a choisi la meilleure part, elle ne lui sera pas enlevée ». Par ces paroles, Jésus fait de Marie un disciple à part entière et ouvre le cercle des disciples, non seulement aux hommes mais également aux femmes de son temps et donc à toutes les femmes d’hier et d’aujourd’hui.

Les femmes de la Bible ont donc un rôle bien particulier à jouer dans l’ancien comme le nouveau testament et leur témoignage nous rejoint à ce jour ! Puisse l’Église leur donner toute la place qu’elles méritent.

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