ACTU D'EGLISE

Spiritualité et engagement – Centre AVEC – 26/10/2017

Dans le cadre d'une soirée de conférences organisée par le Centre AVEC, à Louvain-la-Neuve ce 26 octobre 2017, nous avons assisté à trois exposés passionnants.

Voici celui de Michel Maxime Egger

D'après les notes prises par Marie-Pierre JADIN

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Michel Maxime Egger se définit comme un méditant-militant (lien entre engagement et spiritualité)

Charles Péguy : « Tout commence en mystique et finit en politique. »

Parcours

Mon parcours a suivi deux axes :

Au départ, je suis un citoyen, un journaliste engagé, puis un travailleur pour des ONG. C'est le côté engagé.

Un voyage en Inde m'a fait découvrir la spiritualité (Zazen) et mes racines chrétiennes.

D'où mon double prénom : Michel, pour la transformation du monde ; Maxime, pour la transformation de soi (Maxime – prénom orthodoxe)

Ces deux axes sont complémentaires – j'ai un besoin profond des deux.

La spiritualité appelle à l'engagement et l'engagement se nourrit de spiritualité.

Mais, pour moi, la spiritualité est première.

Je me définis comme un méditant militant (alors que Thierry Verhelst était un militant méditant)

La méditation donne sens, c'est un moteur, une inspiration / aspiration.

Elle permet de faire l'expérience de ce mystère au-delà de tout nom. Elle est un chemin de construction de l'être intérieur.

Retournement – changement de l'esprit – métanoia

C'est une dynamique en trois temps :

  1. Retour au centre – reconnexion à la source de notre être.

  2. Ouverture à plus grand que soi – se rendre perméable et transparent pour être présent à cette présence mystérieuse que l'on trouve dans le monde…

  3. Unification intérieure : corps – âme – esprit

Car nos divisions intérieures sont sources de dérives.

Cela ne passe pas par la volonté humaine. C'est une synergie entre la volonté de l'être humain et l'apport de l'esprit.

On prépare le terrain pour accueillir cela. C'est un travail, un effort, une praxis.

Je dédie du temps, quotidiennement, à la méditation, la prière de Jésus, la lectio divina : c'est un ressourcement. Ça me permet de me connecter à cette source, de recréer le vide à partir duquel naîtra l'action.

J'ai connu différentes évolutions au cours de ma vie, que je peux diviser en 3 phases :

  1. 1980 : je suis un journaliste engagé sur les questions N/S, le développement durable. Mais je prends une année sabbatique et effectue un parcours spirituel après avoir découvert l'Inde. Je serai même tenté par le monachisme. (Cf expérience des apôtres sur le Mont Tabor). Mais l'appel à une dimension d'action me taraude. Je quitte le journalisme.

  2. 1990 : je travaille pour une ONG suisse : « Pain pour le prochain » (d'origine protestante). L'articulation entre engagement et spiritualité devient plus forte. C'est une mise en bouche entre transformation de soi et du vide

Trois dimensions dans cette période :

- praxis spirituelle (méditation)

- réflexion

- action

+ dimension clef du collectif. L'engagement s'inscrit dans du collectif.

Car seul un collectif permet de se poser en contre-pouvoir (ONG contre multinationales, FMI, etc.). Collectif : travail dans la durée – légitimité.

3. Articulation forte et profonde. Je travaille à ce moment pour l'ONG « Alliance Sud »

Approfondissement : les deux ne font qu'un

Processus de respiration :

- inspire : de l'extérieur vers l'intérieur

- expire : de l'intérieur vers l'extérieur

Unité profonde – Cf Raimon Panikkar parle de « trinité radicale » - cosmos-humain-divin : celle-ci sous-tend le réel en profondeur – travaille à l'accomplissement de l'unité profonde.

Une nouvelle dimension s'ajoute peu à peu : l'émotion

Eco-spiritualité : ce n'est pas une couche à rajouter, mais les deux (écologie et spiritualité) ne font qu'un. Nous sommes en communion, en communauté de vie, de destin avec la Terre.

CF Laudato Si – oser transformer en souffrance personnelle ce qui arrive à la Terre.

Écouter en nous les échos de la terre qui pleure (moine bouddhiste)

La souffrance de la terre descend au plus profond de moi. Car il y a une unité entre l'humain – le cosmique – le divin.

Est-ce que c'est juste une idée de l'unité, ou bien est-ce que je la vis vraiment ?

Les réponses sont apportées par l'émotion : tristesse désespoir, colère, il nous faut accueillir ces émotions.

Pour ensuite les composter, les transformer, nourrir l'engagement grâce à cette énergie.

La question essentielle du méditant militant est celle de la posture intérieure

4 points pour cela :

→ l'agir du moi volontariste versus le non-agir (laisser entrer une énergie beaucoup plus grande que moi)

→ Domination, pouvoir sur, rivalité versus pouvoir de (l'autre est un allié), qui s’accroît quand on le partage

→ Efficacité versus fécondité (porte fruits à long terme)

→ Ces fruits ne vous appartiennent pas – détachement par rapport aux fruits de notre action.

Conclusion

Rester humble – chemin – incohérence = tension vers la cohérence.

Toujours faire un pas de plus.

Non pas « il faut », mais désir profond.

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