DOSSIER: le savoir du futur

Les OGM : anges ou démons ?

Par Isabelle LOSSEAU

Quand on parle d’OGM, de suite il y a dans la plupart des milieux, une levée de boucliers : OGM égale danger. Et pourtant, ne serait-il pas utile de faire la part des choses entre la technique des OGM et l’usage que certaines multinationales en font pour éviter de jeter le bébé avec l’eau du bain.

Qu’est-ce qu’un OGM (organisme génétiquement modifié) ? Qu’est-ce qui le différencie d’organismes hybrides hautement sélectionnés ? Quels sont les bienfaits présents et futurs de certains OGM et quels sont les risques et dérives liés à ces organismes modifiés ?

En me basant sur le livre très bien fait de Frédéric Denhez « OGM le vrai du faux » et d’un petit dossier d’articles, disponible au secrétariat de l’ACi, je vais essayer de donner quelques pistes.

Un Organisme Génétiquement Modifié (OGM) est un organisme vivant, végétal ou animal qui a subi une modification non naturelle de ses caractéristiques génétiques initiales. On appelle « modification génétique » le processus visant à transférer des gènes au sein d'une espèce ou entre différentes espèces.

Notons que le transfert des gènes entre bactéries par exemple existe depuis plus d'un milliard d'années et qu'il existe des gènes "sauteurs" qui apportent sans intervention humaine de nouvelles propriétés aux végétaux. Propriétés qui, si elles sont positives pour l’organisme, se transmettent petit à petit aux générations suivantes, mais cette sélection naturelle prend beaucoup de temps. Depuis toujours et aidés par la découverte de la sexualité des végétaux vers 1700 et par les progrès de la génétique fin du 19ème siècle, des sélectionneurs ont croisé entre elles des variétés choisies pour leur qualités respectives. Mais créer une nouvelle variété de cette façon nécessite jusqu’à 15 ans de travail. La transgenèse*, raccourcit très fort ce temps d’attente.

Les premiers résultats d’OGM datent de 1973 et ceux-ci ont vraisemblablement gagné leur place en matière de recherches médicales. Bon nombre de maladies sont traitées grâce à des médicaments à base de bactéries modifiées au niveau des gènes. Tels sont les cas du diabète grâce à l'insuline ou encore des divers traitements à l'hormone de croissance ; sans oublier la première thérapie génique** entreprise en avril 2000 en France et qui a permis de guérir de nombreux enfants victimes d'un déficit immunitaire important. De tels impacts positifs sur la santé poussent alors les chercheurs à exploiter de plus en plus ce filon des OGM.
Des firmes telles que Monsanto, BASF, Syngentha, … se sont spécialisées dans la recherche et la production d’OGM dans un but commercial. Il y a eu le maïs Mon810 résistant à la Pyrale qui fait des ravages dans ces cultures et qui a donc permis une diminution de l’insecticide répandu sur les cultures de maïs.

Un autre maïs sélectionné par la même firme, NK603, est résistant à l’herbicide glyphosate produit également par Monsanto, ce qui permettait une maîtrise des mauvaises herbes dans ces cultures mais également une fidélisation des agriculteurs qui doivent s’engager à ne pas conserver ni ressemer des graines issues des récoltes précédentes. Étant donné la polémique concernant la toxicité du glyphosate et son interdiction probable dans le futur, ces semences n’auront sans doute bientôt plus aucune utilité et pourraient disparaître du marché.
Certaines recherches ont aussi permis la culture de riz enrichi en vitamine A, de manioc moins toxique, de pomme de terre résistante au mildiou, etc.

L’apparition des OGM a rapidement créé une polémique et à titre d’exemple, en 2012, l’article d’un chercheur peu scrupuleux, Gilles-Eric Séralini, titrant « oui, Les OGM sont des poisons » dans une revue à portée scientifique a fait réagir en tous sens mettant les OGM au pilori.
Or les travaux de Séralini n’étaient pas sérieux et les scientifiques de tous bords ont réagi, critiquant tant la forme que le fond de ses recherches. Mais le mal était fait…et le monde se divise entre pro et anti OGM et dans certains pays européens la suppression des subsides aux recherches sur les OGM ont fait passer ces pays (tels la Belgique et la France) de la pointe de la recherche à un retard considérable, ce qui nous met à la merci de tous les pays producteurs d’OGM, sans possibilité de contrôle efficace.

Bien sûr en face des avantages que procurent les OGM en terme de résistance des plantes aux maladies, à la sécheresse, à la salinité des sols, en terme de qualité gustative, de possibilité de suppression des allergènes, de production de médicaments, de fabrication de vaccins, il y a toutes les risques potentiels et les dérives : la difficile traçabilité, l’apparition de certaines allergies, la perte de biodiversité, et surtout actuellement pour les paysans des pays en voie de développement l’impossibilité de réutiliser les graines de la récolte pour d’autres semis et un asservissement des agriculteurs aux semenciers .

Et c’est là toute la difficulté d’une recherche responsable et sans doute également l’opportunité d’une réflexion sur l’agriculture que nous voulons privilégier.
Comment concilier qualité, rentabilité et pour certains pays, sécurité alimentaire ? sans doute « en remettant en cause le productivisme tel qu’il existe depuis un demi-siècle, en faisant de l’agriculture « écologiquement intensive », en essayant d’augmenter les rendements de façon naturelle également. » et je laisse le mot de la fin à Frédéric Denhez : « Les OGM seront sans doute utiles demain, il n’y a pas de raison de les rejeter à priori, mais ils ne pourront que s’insérer dans une agriculture en train d’abandonner le productivisme. »

 

 *Technique servant à introduire un gène étranger (transgène) dans le génome d'un organisme, en vue d'obtenir un organisme génétiquement modifié.

** La thérapie génique est une technologie médicale, dans laquelle l'ADN est utilisé directement comme un produit pharmaceutique. Dans cette technique, des gènes ou des fragments de gènes sont transférés au patient dans le but de prévenir, de traiter ou de guérir une maladie.

Archive: 
Pas archivé