#notinmyname

Votre « humanité », M. Francken, n'est pas au même endroit que la nôtre…

Vous avez un petit air triste et désolé, Théo Francken, quand vous vous adressez à la presse. Du genre « Ben oui, il faut me comprendre, je fais mon boulot, je « nettoie » le parc Maximilien, je suis ferme, mais humain. »

Humain ? Vraiment ? Ce mot ne doit pas avoir la même signification pour vous et pour nous, M. Francken.

Êtes-vous humain quand vous ordonnez que soient confisqués et jetés aux ordures les sacs de couchage de ces migrants qui ne possèdent rien d'autre ?

Humain, votre hashtag « #opkuisen » sur twitter ?

Humaine, la collaboration entre vos services et la délégation soudanaise, venue identifier les migrants originaires de ce pays pour que vous puissiez ensuite les renvoyer chez eux, où ils seront plus que probablement mis à mort ?

Humaines, les rafles arbitraires que subissent les migrants du Parc, depuis le début de l'été, et plus encore ces derniers jours ?

Humaine, cette police qui tente de confisquer les appareils photos et téléphones portables des gens qui filment ce qui ne devrait pas être vu ?

Nous ne cautionnons pas ces actions vigoureuses, M. Francken.

Pour nous l'humanité, elle est du côté du Parc Maximilien, de ces personnes qui ont fui leurs pays en guerre ou en proie à la dictature, le Soudan, l’Érythrée, l’Afghanistan, l'Irak, la Somalie... dans l'espoir d'être accueillis dans un pays pacifique et démocratique (l'Angleterre pour la plupart). Elle est aussi du côté des collectifs citoyens qui, jour après jour, nuit après nuit, se sont organisés pour que ces gens puissent survivre, dans une certaine dignité et avec un minimum vital (de quoi manger, boire, se vêtir, se laver).

Mais c'est vrai, vous avez raison, ces migrants ne demandent pas l'asile ici, en Belgique, nous n'avons donc aucune obligation de les recevoir dignement. Et bien non, ils ne demandent pas l'asile ici, pourquoi le feraient-ils, alors qu'ils seront à coup sûr renvoyés dans leur pays d'entrée, l'Italie, en raison du règlement de Dublin, que vous appliquez à la lettre !

Ce lundi 23 octobre a été annoncé qu'un hébergement d'urgence allait se mettre en place sur Bruxelles. « Enfin ! », se disent les collectifs citoyens ! Et vous, vous grincez des dents, M. Francken. Cela va créer un « appel d'air. » Ah mais oui, 450 personnes qui vont être logées (uniquement logées) en attendant que leur situation se clarifie -vont-ils pouvoir partir en Angleterre, ou bien tenteraient-ils leur chance ici, dans ce beau pays si accueillant ! C'est sûr, ça va attirer du monde, cet hébergement provisoire ! Avec cette expression, M. Francken, vous jouez carrément la carte du populisme.

Pourtant, vous ne pouvez ignorer la mobilisation de citoyens depuis cet été : ils ont fourni nourriture et sacs de couchage, ensuite ils ont trouvé un accord avec DoucheFlux, puis ils se sont organisés pour que les migrants ne dorment pas dehors. A ce jour, la grande majorité d'entre eux, hommes, femmes et enfants, sont chaque soir conduits chez des citoyens comme vous et moi (enfin plutôt comme moi, parce que vous…) pour y passer une, deux nuits, y prendre une douche, un repas chaud, retrouver une ambiance détendue, familiale ou amicale. Chaque soir la mobilisation se poursuit, malgré les intimidations policières, malgré la fatigue des responsables de ces collectifs (Deux euros cinquante, BXL refugees volunteers, …), malgré une organisation compliquée, au jour le jour. Et chaque jour de magnifiques témoignages d'accueillants fleurissent sur les réseaux sociaux, qui sentent tellement meilleur que vos hashtag haineux, M. Francken.

Alors oui, vous avez sans doute la conviction d'être humain, mais pour nous, ce mot n'a pas le même sens que pour vous !

Quant à nous, citoyens actifs et lucides, nous sommes prêts, à notre échelle, dans nos villes et dans nos quartiers, à accueillir ces gens qui fuient la guerre et la misère. Nous sommes prêts pour un monde plus « humain. »

Signature : le Conseil d'administration de l'ACi (Agir en Chrétiens informés) : Jean-François Blerot, Annie Delpierre, Marie-Pierre Jadin, Isabelle Losseau, Ginette Thiran.

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