DOSSIER : Pour adoucir une société violente

Rencontre avec Bernadette et Christian à Nivelles le 9 janvier 2013

Par Monique GILLES

Placés aux carrefours d’une réalité sociale difficile où les besoins de la population sont de moins en moins couverts, tous deux ont cherché à organiser leurs activités professionnelles et sociales autour d’une réflexion animée par le souci d’une plus grande justice et la possible concrétisation des valeurs évangéliques.

Bernadette, aux racines à la fois paysannes et bourgeoises, a connu l’engagement syndical d’un père ouvrier, chrétien convaincu, et la vie d’une mère sachant prendre ses distances par rapport à l’institution religieuse pour pratiquer sa foi dans l’accueil de l’autre. Difficile d’échapper à un parcours quasi prédestiné que Bernadette, assistante sociale, n’a jamais renié.

Christian est issu d’une famille d’agriculteurs d’une part et, d’autre part, d’une famille ouvrière. Il n’a guère apprécié le milieu scolaire et a quitté celui-ci pour une formation d’imprimeur, dans le cadre d’un contrat d’apprentissage. A 16 ans, il découvre la JOC, où l’on apprend à VOIR-JUGER-AGIR, modèle qu’il a appris à mettre en pratique dans toutes les circonstances de sa vie.

Leurs récits peuplés d’anecdotes méritent un immense intérêt ; je tente d’exprimer ce qu’eux-mêmes ont vécu d’essentiel dans une vision créative et une générosité exceptionnelle.

Première réflexion :

Au départ, il n’y eut pas de démarche construite, organisée, mais au fil des expériences une prise de conscience de leurs ressources et de la nécessité de les partager, d’associer ce potentiel avec celui d’autres personnes désireuses de changement. Toute leur histoire familiale, riche et diversifiée, même dans la pauvreté ou la guerre, fut un terreau fertile pour leur jeune génération idéaliste et « entêtée » semble-t-il.

Deuxième réflexion :

Les liens authentiques et soutenus entre personnes sont une condition pour rechercher des solutions à partir de la base, dans une communication respectueuse et l’écoute mutuelle. C’est dans cet état d’esprit que l’on peut imaginer les démarches et les étapes nécessaires, par exemple :

  • La défense d’un statut social pour les apprentis et les employés de maison
  • L’accompagnement (faire avec) des usagers qui facilite leurs démarches souvent ardues vers les administrations et les services dont le fonctionnement est complexe. De plus, de nombreuses personnes sont freinées lorsqu’on les aborde d’emblée sous l’angle du contrôle.  Etre créatif dans la démarche d’aide nécessite d’abord une relation fondée sur la confiance.
  • L’aide scolaire en milieu ouvert (AMO)
  • L’aide à la gestion des moyens financiers de la personne et de la famille
  • L’amélioration des conditions de travail des agents pénitentiaires au niveau sécurité et hygiène (cadre vétuste et inadéquat, tâches parfois impossibles)
  • L’amélioration de ce cadre pour les visites des familles, des avocats, des assistants sociaux, des services culturels destinés aux détenus.
  • La création d’une bibliothèque et tout le suivi qu’elle nécessite…

3ème réflexion :

Pour faire face aux problèmes, l’action sociale doit être coordonnée entre tous les acteurs. Cette coordination suffit parfois à combler les lacunes du système social, lorsque les moyens des institutions sont drastiquement diminués.

Mais si les très nombreuses associations reçoivent des subsides, ils sont insuffisants pour leur permettre d’atteindre leurs objectifs et développer leurs actions sans la participation de mécènes, de sponsors, qui rééquilibrent ponctuellement la balance de façon généreuse mais souvent aléatoire.

4ème réflexion :

Si on veut changer quelque chose au niveau des mécanismes sociétaires qui engendrent pauvreté et violence sous toutes leurs formes, l’action citoyenne est essentielle. Cela n’est possible que si chacun et chacune, à l’endroit où il vit, dans la communauté humaine qui est la sienne, cherche à s’engager concrètement dans la recherche de solutions alternatives. Pour déjouer les rapports de domination et de violence, une condition est d’établir avec l’autre une relation interpersonnelle positive et d’être créatif dans sa manière d’être en relation.

5ème réflexion :

Il est nécessaire de s’intégrer dans les lieux de réflexion et d’action qui peuvent aider à développer d’autres pratiques sociales, d’autres manières de fonctionner ensemble. (EX : CNCD, Ligue des familles, mutuelles, coopératives, mouvements d’éducation permanente…)

Les structures étatiques et européennes ne sont pas libres d’opérer les changements nécessaires à cause des pressions politiques et de celles des lobbies de la finance, et ce même si elles s’y attèlent à leur façon.

Changer est difficile. Le plus souvent, face à une difficulté, on a tendance à faire toujours plus ce qu’on a toujours fait, d’où l’importance du dialogue et d’une recherche du mieux là où l’on vit, où l’on travaille, où on loge, où se posent concrètement les problèmes.

Mais nous y arriverons en redevenant des humains et non plus des objets marchands, en nous dégageant du consumérisme de notre société «spectacle », de l’aliénation au travail et du règne totalitaire de l’argent, en opposant au délabrement général qui s’installe notre engagement intelligent, généreux et entêté.

La conclusion rejoint cette interview, cette rencontre :

Merci à Myriam Tonus (chronique du 3/01/2013 – L.B.) qui écrit :

« L’espérance n’est jamais si forte que lorsque le ciel est plombé. »

« Une fois sorti du chapiteau où se déroule le grand show, déconnectés des caméras et des micros qui nous colonisent, voici que s’offre l’histoire, la vraie, celle qu’écrivent au quotidien des hommes, des femmes de tous âges, toutes conditions, toutes croyances

Pour guérir ce qui est blessé

Rétablir plus de justice

Créer une autre terre »

 

Merci à Bernadette et à Christian, témoins et acteurs infatigables de cette marche en avant.

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