SPIRITUALITE

Pour adoucir une société violente

Par Sylviane SBILLE

Jacques 4, 1-3/11-12

1 D’où viennent les guerres, d’où viennent les batailles parmi vous ? N’est-ce pas précisément de vos passions, qui combattent dans vos membres ? 2 Vous convoitez et ne possédez pas ? Alors vous tuez. Vous êtes jaloux et ne pouvez obtenir ? Alors, vous bataillez et vous faites la guerre. Vous ne possédez pas parce que vous ne demandez pas. 3 Vous demandez et ne recevez pas parce que vous demandez mal, afin de dépenser pour vos passions.

11Frères, cessez de dire du mal les uns des autres ; dire du mal de son frère ou juger son frère, c'est dire du mal de la Loi et juger la Loi. Or, si tu juges la Loi, tu n'en es plus le fidèle sujet, tu en es le juge.

12Un seul est à la fois législateur et juge, celui qui a le pouvoir de sauver et de perdre. Pour qui te prends-tu donc, toi qui juges ton prochain ?

Jacques 5, 1-6

1Et maintenant écoutez-moi, vous les riches ! Pleurez et gémissez à cause des malheurs qui vont s'abattre sur vous ! 2Vos richesses sont pourries et vos vêtements sont rongés par les vers. 3Votre or et votre argent sont couverts de rouille, une rouille qui servira de témoignage contre vous ; elle dévorera votre chair comme un feu. Vous avez amassé des trésors à la fin des temps. 4Vous avez refusé de payer le salaire des ouvriers qui travaillent dans vos champs. C'est une injustice criante ! Les plaintes de ceux qui rentrent vos récoltes sont parvenues jusqu'aux oreilles de Dieu, le Seigneur de l'univers. 5Vous avez vécu sur la terre dans le luxe et les plaisirs. Vous vous êtes engraissés comme des bêtes pour le jour de la boucherie. 6Vous avez condamné et mis à mort des innocents ; ils ne vous résistent pas.

(N.B. Lire aussi en amont et en aval)

Dans un langage vivant, énergique, Jacques fait un constat de la violence entre les hommes et parle du remède. Après l’attente d’un retour du Christ et de la fin des temps que les premières communautés chrétiennes pensaient proches, l’enthousiasme de celles-ci s’étiole quelque peu et les mauvaises pratiques semblent avoir fait leur retour.

Jacques lance une véritable diatribe contre la richesse, surtout celle qui vient de l’injustice : avertissement sévère aux propriétaires qui exploitent leurs ouvriers, qui ne pensent qu'au profit matériel, sans se soucier des autres, et encore moins de l'approche de la fin des temps et du jugement dernier.

Le « Royaume », auquel le Christ invite à travailler, est l’opposé du « monde » considéré ici non seulement comme la richesse matérielle mais aussi comme tout ce qui sépare les hommes, engendre la discorde, écrase l’autre et rompt les relations fraternelles qui doivent être le signe de reconnaissance des chrétiens. Si les chrétiens veulent s’affirmer en tant que disciples du Christ, c’est l’amour fraternel qui doit les distinguer, un amour qui se manifeste dans les actes et les comportements. Désormais ils renonceront à exploiter leurs frères, lutteront pour plus de justice.

Jacques réfléchit aux causes de la violence et invite alors à changer de comportements : la violence n’est pas seulement le fait de l’homme victime d’injustice, qui se révolte, elle est d’abord le fait de celui qui commet l’injustice. L’apôtre renverse carrément la situation, que nous pouvons actualiser : la violence que nous voyons éclater dans le monde ne trouve-elle pas souvent sa source dans nos comportements ? Ne sommes-nous pas responsables de la désespérance qui conduit à l’explosion sociale ? (Vous avez vécu sur la terre dans le luxe et les plaisirs. Vous vous êtes engraissés comme des bêtes - v. 5,5). Si les chrétiens veulent être de vrais chrétiens appelés par Jésus à vivre selon l’Evangile et à témoigner de son message, c’est la conversion du cœur qui s’impose et se traduit dans les actes et non l’excellence des pratiques extérieures ou des discours restés lettre morte.

Le rappel à l’ordre lancé par Jacques à ses contemporains est plus que jamais d’actualité. Mettant en évidence la lutte entre le bien et le mal, il nous responsabilise en nous rendant acteur de l’évolution positive du monde : le bien commun doit être une préoccupation prioritaire et c’est l’affaire de tous. Il rappelle le but de la loi (au service de la communauté et non de quelques-uns ou du législateur).

Aujourd’hui nous sommes toujours appelés à l’accueil de l’autre, à l’amour fraternel vécu à travers l’aide aux plus démunis, aux réfugiés, aux plus faibles et aux malades, pas seulement par des actions « charitables » mais en permettant et en militant pour le développement, la reconnaissance ou le respect de nos frères. Être acteur, c’est aussi nous prononcer pour des changements de comportements environnementaux ou sociaux, et nous y engager, chacun à son échelle et selon ses possibilités. N’ayons pas peur de nous affirmer comme tels dans des temps aujourd’hui plus difficiles, où la tentation du rejet retrouve une nouvelle acuité. Jésus nous appelle à un changement des cœurs, vecteur d’Espérance et de salut.

 


Pour approfondir l’échange : on peut faire le rapprochement avec Luc 16 ,13 « …Vous ne pouvez servir Dieu et l’argent. ».

  1. Pouvons-nous faire un rapport entre ces Paroles et le monde en crise que nous connaissons actuellement.
  2. Quels remèdes pouvons-nous apporter, de manière bien concrète pour chacun ?

 

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