DOSSIER: Des lieux de parole pour contrer la violence

Quelques réflexions sur la violence…

Par Monique GILLES

Influencés par les médias, nous sommes absolument certains que notre société connaît une insécurité et une violence de plus en plus grandes.

Or les historiens nous affirment le contraire. Une histoire de la violence de R. Muchenbled dit « Mis à part quelques ressauts, le niveau de l’étiage moyen de la violence globale est en baisse continue ». Dans ce livre, les preuves chiffrées renforcent cette conclusion.

Cependant, ce qui augmente, c’est notre pessimisme et notre fragilité, notre sentiment de vulnérabilité. Les médiatisations des évènements proches ou lointains diffusent à longueur de journée des messages angoissants. Si bien que « les Occidentaux ont peur de tout : du terrorisme, de l’Islam, des attentats, du chômage, des catastrophes naturelles ».

La sérénité a disparu – L’impuissance face à l’ampleur des drames peut paralyser les élans généreux. Selon Amnesty International, la peur nourrit le mécontentement, et la discrimination. Les Droits de l’Homme ont régressé. La stratégie de la peur a renforcé la position des extrémistes. L’islamophobie et l’antisémitisme sont en progression… (Cf. Dossier 95 - Couples et familles) – Un exemple : l’objectif des terroristes n’est pas seulement de tuer et de préparer les tueries mais de nous faire perdre tout sang-froid. Ils réussissent souvent.

Les médias sont un élément de diffusion rapide et efficace de nouvelles catastrophiques, dramatiques, touchant des individus ou des collectivités. Ces infos sont aussitôt noyées par la publicité, souvent orientée vers les produits  d’une consommation effrénée, en complète contradiction avec les besoins réels des auditeurs encore sous le choc … ou devenus indifférents, apathiques ou pire : voyeurs – Cacophonie violente insupportable !

Par delà cet étalage de souffrances, les injustices sociales, formes universelles de la violence, suscitent moins d’émotions et d’empathie directe. Elles sont la conséquence des structures auxquelles on s’est habitué, et qu’on colmate avec toutes sortes d’opérations humanitaires permettant la survie des plus faibles. Dénoncer ces structures mortifères sans changer quoi que ce soit dans notre quotidien participe, de façon indirecte, à la violence sociale.

A partir de notre propre existence et de la conscience de ce qui nous motive, de ce qui nous révolte, de ce qui est vital pour notre existence, (la nôtre et celle de nos proches) de ce qui lui donne un sens, une cohérence, peut-être pourrions-nous comprendre, de l’intérieur, tout ce qui manque à ceux qui ont choisi la violence comme moyen de se faire entendre ou d’exister tout simplement.

Que cachent les fanatiques et leurs excès meurtriers ? Ne recherchent-ils pas une identité, une appartenance, un but, quand tout manque : le travail, le reconnaissance, la santé, l’éducation, l’utilité… ?

Serons-nous moins virulents devant les mères infanticides, les pères indignes, les délinquants ?

Laisserons-nous la justice, tout imparfaite qu’elle soit, faire son travail en dehors des débordements émotionnels et réclamerons-nous des systèmes de réparation plus constructifs ?

Laisserons-nous toutes les rumeurs envahir notre esprit prompt à s’émouvoir des scandales en tout genre, sans avoir vérifié leur source ? Il existe des sites spécialisés, porte-parole de l’extrême droite, dans la divulgation de documents, vidéos, etc.

Participerons-nous à cette vague toxique semant suspicion, mépris, haine, peur…?

Voici la parabole des 3 tamis

Un jour un homme vint voir Socrate et lui dit :

  • Ecoute, Socrate, il faut que je te raconte comment ton ami s’est conduit.
  • Arrête là ! interrompt l’homme sage. As-tu passé ce que tu as à me dire au travers des trois tamis ?
  • Pardon ? De quoi veux-tu parler ?
  • Oui, reprend Socrate, ce que tu désires me dire peut-il passer par les trois tamis ? Le premier est celui de la vérité. Es-tu sûr que c’est vrai ?
  • Je l’ai seulement entendu raconter dit l’homme.
  • Bien, dit Socrate, alors assure-toi que tu l’as passé au deuxième tamis. C’est celui de la bonté. Si ce que tu souhaites me dire n’est peut-être pas tout à fait vrai, est-ce au moins quelque chose de bon ?

Hésitant, l’autre lui répondit :

  • Non, ce n’est pas quelque chose de bon, au contraire !
  • Alors, dit le sage, essayons de nous servir du troisième tamis : l’utilité. Voyons s’il est utile de me raconter ce que tu as à me dire.
  • Utile ? Pas exactement, dit l’homme.
  • Et bien, si ce que tu as à me dire n’est ni vrai, ni bon, ni utile, alors je préfère ne pas l’entendre et ne pas le savoir. Je te conseille aussi de l’oublier.

Comme Socrate : prendre du temps, de la distance ; mesurer la distance entre aspirations et pratiques ; muer la peur en espérance. Se réveiller à temps …. et répandre la paix.

Créer ou participer aux nouveaux réseaux qui opèrent pour une autre vie est un premier pas pour faire reculer la violence.

Une parabole d’aujourd’hui

Un jour de grande circulation, à un carrefour difficile aux multiples voies, une voiture est à l’arrêt en plein milieu du carrefour. Elle suscite coups de klaxon intempestifs, appels de phares… Rien n’y fait. Le conducteur tétanisé a perdu le contrôle de la situation. Un jeune gars abandonne sa voiture avec les feux clignotants de détresse, prend la place du conducteur âgé, conduit la voiture dans la direction recherchée, revient à sa voiture et reprend, incognito, la route… Imprudence ? Bêtise ? Ou empathie. Et voilà le mot lâché : empathie. Sans cette sensibilité particulière, est-il possible d’affronter tous les problèmes liés à la violence et de lutter contre ses manifestations les plus quotidiennes ?

L’empathie : premiers pas vers la détermination à réorienter sa vie et ses actes « vers la justice, le respect de l’autre la liberté, la compassion, l’amour et la beauté, valeurs universelles des grandes civilisations humaines » (Fr. Lenoir)

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