ACTU D'EGLISE : LE SYNODE DE TOURNAI

Synode 2012 du diocèse de Tournai : parcours d’une équipe

Par Lucette Mogenet

Nous étions 8, dont 1 prêtre,  ne sachant pas très bien où ce parcours allait nous mener, contents tout de même d’être consultés, même si notre prise de parole s’annonçait assez strictement encadrée : la « Loi synodale » et des questionnaires assez précis délimitaient le champ de nos réflexions.

Après la célébration d’ouverture à Mons en février, une première rencontre nous permit de faire connaissance et d’approcher le sujet à travers l’explication du logo du Synode et un bref panorama de l’histoire de l’Eglise depuis Constantin, en passant bien sûr par la constitution Lumen gentium de Vatican II , et aussi par les Etats généraux du christianisme à Lille marqués par le vibrant « N’ayez pas peur » de Jacques Vermeylen.

La première réunion proprement dite avait à débattre du sujet : « L’Eglise, signe de la présence du Christ », sujet illustré par une belle mosaïque  de la basilique St Clément à Rome.  Aussitôt surgit la question : nous, Eglise de Jésus Christ, sommes-nous fidèles à cette mission ? Et les exemples de contre-témoignages reçus dans notre enfance s’expriment : mépris à l’égard des « filles-mères » et de leurs enfants, overdose de pratiques religieuses imposées, etc. Néanmoins, nous avons suggéré quelques actions concrètes : écouter Dieu dans la prière, s’interroger sur les fondements bibliques pour l’Eglise d’aujourd’hui, sortir de la théâtralité liturgique, annoncer Jésus Christ dès la petite enfance.

2ème étape : « La mission de l’Eglise et la communion au Christ ». Ici se posait la question de la liturgie, qui devrait être  vécue comme la manifestation de la présence de Dieu dans nos vies. La messe dominicale, en particulier, devrait être une fête, un rendez-vous amoureux. Nous en examinons les 4 parties : liturgies d’accueil, de la Parole, de l’eucharistie et d’envoi ; et nous souhaitons mieux mettre en valeur l’accueil et l’envoi : que des chrétiens pratiquants réguliers se relaient pour accueillir chaque personne comme nous le ferions pour le Christ lui-même et, à l’issue de la messe, que le prêtre  envoie les participants en mission de façon très concrète, adaptée aux circonstances (œcuménisme, courses des personnes âgées par mauvais temps, aide aux personnes seules, malades, etc.) ; en effet, l’Eucharistie dominicale est « fermée » : « la messe est finie » et pourtant tout commence. Nous pensons aussi qu’un partage de la Parole pourrait de temps en temps remplacer l’homélie. Quant aux baptêmes de bébés, ils sont parfois houleux, souvent peu priants : comment amener les parents à s’engager dans une vraie démarche de foi ?

L’étape suivante avait pour objet : « Unités pastorales et secteurs pastoraux, signes de la visibilité de l’Eglise ». Ici, nous avons davantage échangé nos idées à partir du Bon berger (Jn 10, 11-16). En effet, chaque réunion commençait par une méditation sur un texte d’Ecriture et celui de ce jour nous interpellait spécialement, nous amenant au problème du mal : où est le berger quand les brebis sont massacrées ? D’où questionnement sur la liberté – des bourreaux face à leurs victimes –, le pardon, la justice … Nous nous sommes ensuite interrogés sur la manière de vivre et d’articuler les 3 dimensions de la mission de l’Eglise : annoncer, célébrer, servir, en pointant la désaffection des jeunes, le peu de suivi des baptêmes et 1ères communions… Pour conclure que, malgré la générosité déployée dans nos UP et autres secteurs, ils ne sont pas vraiment « signes de la visibilité de l’Eglise ». Malheureusement, pour la plupart des non pratiquants, l’Eglise c’est avant tout leur curé et souvent ils se plaignent « qu’on ne le voit jamais »… forcément, avec le nombre de ses paroisses !

Nos suggestions sont assez limitées : mettre sur pied de vraies messes des jeunes, prendre le temps de rencontrer les parents avant le baptême, présenter dans un journal « toutes boîtes » les personnes actives dans l’UP. Et aussi accueillir les gens en tout temps, les écouter, que ce soit dans une église, un presbytère, une salle paroissiale ; qu’ils puissent dire tout ce qui les préoccupe avec la certitude de ne pas être « jugés ».

4ème étape : « Les ministères stimulent la vie de l’Eglise »
- Les prêtres : fondateurs et formateurs des communautés, ils doivent se disperser dans toutes sortes de fonctions qui leur prennent trop de temps. Il faudrait les recentrer sur leur mission pastorale : que le prêtre n’ait rien de plus important ni de plus urgent que de dire Jésus Christ partout où il va. Il serait sans doute opportun de diminuer le nombre de messes dominicales pour qu’elles puissent prendre leur temps et que le célébrant ne doive plus s’éclipser en vitesse et rejoindre une autre paroisse pour une autre célébration.
- Les diacres. Leur rôle est assez étendu – célébration de funérailles, mariage, baptême, sacrement des malades – mais ils sont envoyés dans un milieu déterminé  plutôt que d’être attachés à une paroisse ; du moins, c’est ainsi que cela se passe dans notre diocèse. Quand nous voyons combien l’engagement de l’épouse d’un diacre est lié à celui de son mari, tout comme chez les pasteurs protestants, nous nous demandons : « Pourquoi pas de diaconesses ? »

- Quant aux laïcs, leur rôle et les exigences qui y sont attachées restent flous. Il nous semble que l’important est de rester branchés sur le Christ : lecture et mise en pratique quotidiennes de l’Evangile, attention portée aux attentes des gens, notamment des jeunes.

            Pour « stimuler la vie de l’Eglise », il est important que prêtres, diacres et laïcs marchent la main dans la main. Il faudrait sans doute aussi que la hiérarchie se pose des questions : pourquoi l’Eglise catholique, et elle seule, a-t-elle peur des femmes ? Est-on sûr qu’elles ne sont pas appelées ? Et les hommes mariés ? N’y a-t-il pas tout un réservoir de vocations qui reste fermé ? On souhaiterait également que les jeunes prêtres soient davantage aidés par leur entourage, confrères prêtres mais aussi couples chrétiens.

Une dernière réunion  a servi à formuler les conclusions à envoyer à l’évêché. Nous avons décidé de continuer à nous rencontrer régulièrement pour prier ensemble, avec l’aide du prêtre qui participait à notre équipe-synode. Nous partagerons aussi les lectures intéressantes que nous aurons découvertes … et nous nous poserons encore les questions non résolues, comme celle du nombre non négligeable des prêtres qui vivent en couple …

Sans attendre des résultats vraiment spectaculaires – ils seront forcément limités à notre diocèse – nous pensons que ce synode a été très enrichissant, singulièrement pour les personnes qui ont participé à une équipe. Quant à nous, nous avons vraiment apprécié la méthode qui consistait à établir d’abord un diagnostic, constat de la réalité, ensuite à proposer un objectif  et enfin à suggérer une action concrète en vue d’y parvenir. 

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